Titaÿna, "Une femme chez les chasseurs de tête"

Une femme chez les chasseurs de têtes

de Titaÿna

paru le 4 mai 2016

Bourlingueuse des années folles, Titaÿna parcourt le monde en avion à la recherche d’expériences extrêmes. Cet ouvrage compile trois de ses grands reportages ainsi que pour la première fois ses Mémoires de reporter.

Au fin fond de la jungle indonésienne, Titaÿna se rend dans une tribu de cannibales, les Toradjas, aussi surnommés les « chasseurs de têtes ». Elle se retrouve face au mystère des rituels sacrés : un mort ligoté se décompose dans la case du chef, des crânes humains ornent les habitations et la place des sacrifices reste tachée de sang. Mais il en faut beaucoup plus pour effrayer la jeune reporter.

Ses autres grands reportages écrits dans les années 1930 décrivent la pérégrination d’une caravane funèbre qui transporte des cadavres à dos de chameau de la Perse à La Mecque et le contournement de la prohibition aux États-Unis par les transports aériens.

Pour compléter ce triptyque, les Mémoires de l’auteur, exhumés pour la première fois, révèlent les coulisses de sa carrière de reporter au long-cours. Cette brève autobiographie professionnelle, racontée au pas de charge, n’est pas seulement l’occasion de revivre un nombre inclassable d’anecdotes improbables aux quatre coins du monde, mais c’est aussi un véritable manifeste.

L’auteur :

Titaÿna, née en 1897, alias Élisabeth Sauvy, est l’une des rares femmes françaises qui accède au statut de grand reporter dans les années folles. À la recherche de sensations fortes et d’exotisme, elle parcourt le monde, de 1925 à 1939, et rapporte de ses voyages des textes insolites. Avec une parfaite maîtrise de la mise en scène, un style poétique et incisif, ses reportages mettent en scène sa personnalité excentrique et entraînent ses lecteurs dans des histoires incroyables et sensationnelles.

Extrait :

« Le village approche. Encore quelques mètres et nous l’atteindrons. Je passe ma main sur mon front pour chasser un malaise : une odeur fade se dégage des pierres, l’air semble lourd de miasmes. C’est la chaleur sans doute ; de larges gouttes de pluie tombaient tout à l’heure. Pourquoi ai-je un désir d’air pur dans cette montagne ? Le Malais vers lequel je me retourne tient sa main sur sa bouche. Éprouverait-il la même oppression ? Son regard fuit le mien, il paraît vouloir éviter toute conversation.
Le soleil est presque tombé, dans quelques minutes il fera nuit. Brusquement, à la suite de mon guide, je me trouve au milieu du village toradja.
L’étonnement coupe ma fatigue et mes pensées. Saisie, je regarde les demeures inattendues. Sont-elles maisons, autels, tombeaux ? Je ne sais pas encore. En deux rangées parallèles elles bordent une place centrale. Des crânes humains suspendus à leur sommet attestent la vaillance des habitants. Chaque case est une sorte de caisson surélevé à deux mètres du sol par des piliers de bois lisse. La disproportion entre la puissance de ces fondements et la légèreté de ce qu’ils supportent évoque ces dragons massifs chevauchés d’une princesse rayon de lune. »