DISPARAÎTRE / DANS LA NATURE

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Charles Bonnot
DISPARAÎTRE DANS LA NATURE
L’histoire d’une traque haletante, la rencontre avec un homme qui a voulu disparaître : deux récits complémentaires sur l’anonymat à l’ère numérique.

– DISPARAÎTRE –
Combien d’entre nous sont tentés à l’idée d’abandonner la vie qu’ils mènent pour en démarrer une autre ? Prisonniers de notre passé, accablés par le quotidien ou simplement prêts à tout plaquer pour connaître l’aventure.
Evan Ratliff, jeune reporter indépendant, décide de tenter le coup et provoque ses lecteurs : il disparaît dans la nature et les met au défi de retrouver sa trace en moins d’un mois. S’engage une course-poursuite pendant laquelle l’auteur a recours à tous les pastiches et stratagèmes possibles pour échapper à ceux qui le traquent. De leur côté, les chasseurs attendent que Ratliff fasse un faux pas.
Ratliff fait alors l’expérience de la paranoïa qui le gagne rapidement, de la difficulté à lutter contre ses propres envies et des rencontres superficielles et fugaces auxquelles sont condamnés ceux qui veulent cacher leur véritable identité. Pour accéder au royaume de l’anonymat, il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus.

– DANS LA NATURE –
Matthew Alan Sheppard, âgé d’une petite quarantaine d’années, est un mari aimant, un père attentionné et un employé qui a réussi professionnellement. Cet homme modèle ne dit pourtant pas tout. Il a accumulé des dettes de plus en plus importantes, jusqu’à devenir insurmontables. Pour repartir de zéro, il est prêt à mettre sa mort en scène et à bouleverser la vie de ses proches pour toujours.

Lire l’extrait

DISPARAÎTRE DANS LA NATURE
« Une réflexion passionnante sur ce qui constitue notre identité, notre vie privée et sur la solitude d'un homme. »
Librairie Ici

L’auteur

Evan Ratliff est un journaliste américain indépendant. Il écrit principalement sur les nouvelles technologies et les questions de cybercriminalité dans Wired et The New Yorker. Son article « Disparaître » (« Vanish ») a eu un grand retentissement aux États-Unis à sa sortie.

PRESSE

« Le livre d’Evan Ratliff n’est ni une élégie pleurant une vie privée perdue, ni un réquisitoire contre le grand dispositif de surveillance numérique et ses responsables.  »
En attendant Nadeau
« Ce cache-cache grandeur nature à travers les États-Unis, très orwellien, interroge à la fois sur le désir d'un nouveau départ et sur l'impossibilité de se soustraire à notre monde connecté. »
Le JDD

INFOS TECHNIQUES

Littérature étrangère
Thriller immersif
979-10-95582-55-7
130 pages
17 euros
2020

Extrait

Evan Ratliff vient tout juste de prendre le volant de sa voiture pour abandonner son ancienne vie. Il lui faut maintenant brouiller les pistes.

13 août, 18 h 40 : Je quitte San Francisco par l’est sur l’I-80, pro¬fitant du crépuscule pour laisser ma vie derrière moi. Comme j’ai rejoint l’autoroute par un trajet alambiqué, plein de demi-tours et de bifurcations soudaines, je suis à peu près certain que personne ne me suit. Ça ne m’empêche pas de jeter régulièrement des coups d’œil dans le rétro. À partir de maintenant, la certitude n’existe plus. C’est en étant trop sûr de moi que je me ferai prendre.
J’avais eu l’intention de quitter la ville dans la journée, mais c’est incroyable le nombre de courses de dernière minute qu’il faut faire quand on part en cavale. Le matin même, je suis allé chercher un lot de cartes de visite réalisées par un professionnel pour ma fausse entreprise, mentionnée sous mon faux nom, James Donald Gatz. Chez Best Buy, j’ai acheté deux téléphones portables payés en liquide et un câble USB que j’ai réglé avec ma carte de crédit : j’espérais que cette somme dérisoire per¬turberait les chasseurs qui analyseraient mon ticket de caisse en se demandant quel gadget j’avais bien pu acheter. La vidange était, elle aussi, une fausse piste. Qui pourrait imaginer qu’un type sur le point de vendre sa bagnole irait dépenser 60 dollars chez Oil Can Henry’s ?
Je possédais déjà deux autres téléphones pré¬payés, j’en avais laissé un à ma petite amie et j’avais envoyé l’autre à mes parents pour qu’ils aient un moyen intraçable de me contacter en cas d’urgence. J’ai acheté de la teinture Just for Men pour barbe et moustache au supermarché. Mon dernier arrêt a été à la banque pour retirer un chèque de 477 dollars, le montant du loyer pour un bureau anonyme à Las Vegas, où je dois déposer ledit chèque avant demain midi.
En traversant le Bay Bridge, je me retourne pour jeter un dernier coup d’œil nostalgique sur la ligne des toits. Puis j’attrape mon téléphone dont je fais glisser la coque et j’en extrais la batterie. Un télé¬phone avec batterie est un téléphone traçable.
Environ vingt-cinq minutes plus tard, comme l’indiquera la base de données du Département des transports californien, ma Honda Civic 1999 verte immatriculée en Californie, numéro de plaque 4MUN509, franchit le poste de péage du Carniquez Bridge dans la dernière file, activant le badge de télépéage FasTrak, et poursuit sa route vers l’est en direction du lac Tahoe.
Ce que mes traces numériques ne montreront pas, en revanche, c’est que, quelques kilomètres après le pont, je décroche mon badge et le range dans un sac de toile dans mon coffre, d’où son signal n’est plus détectable. Elles ne montreront pas non plus que je fais alors demi-tour sur des routes de campagne pour rejoindre l’autoroute I-5 et que je roule vers le sud dans la nuit avant de prendre vers l’est à hauteur de Bakersfield. Aucun enregistrement numérique n’établira qu’à 4 heures du matin j’atteins Primm, une petite ville déprimante pleine de casinos à quarante minutes de Las Vegas, dans le Nevada, où, contre 15 dollars en cash, je m’offre une chambre avec vue sur un tas de gravats.