LES PIÈCES MANQUANTES

Les pièces manquantes - Gauthier - Marchialy
Enquêter sur la vie des autres vous pousse parfois à fouiller dans la vôtre.

Comment peut-on se convaincre que son père est un tueur en série ? C’est la question que se pose Manon Gauthier, alors jeune journaliste dans le service Faits divers du Parisien, lorsqu’elle tombe sur le livre de Gary Stewart, un Américain d’une quarantaine d’années, adopté enfant, persuadé que son père biologique est le célèbre tueur du Zodiac. Intriguée, Manon Gauthier contacte Gary avec lequel elle entame une longue correspondance jusqu’au jour où elle prend conscience que son obsession pour cette histoire de filiation ne serait que le reflet de sa propre quête de vérité, liée à la disparition de son père.

Entremêlant avec habileté son récit intime à celui de Gary Stewart, la journaliste s’interroge sur notre capacité à faire coïncider fantasme et réalité, et les difficultés à briser ce mécanisme.

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Les pièces manquantes - Gauthier - Marchialy

L’auteur

Manon Gauthier est née en 1988 à Paris. Férue de faits divers dès l’adolescence, elle se spécialise dans ce domaine quand elle entame ses études de journalisme. Aujourd’hui indépendante, elle travaille pour différents journaux et collabore à des documentaires pour la radio et la télévision. Les Pièces manquantes est son premier livre.

INFOS TECHNIQUES

Littérature française
Polar
979-1-095-58253-3
300 pages
19 euros
2021

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ENTRETIEN : MYTHOLOGIES FAMILIALES

L’intérêt de Manon pour l’enquête de Gary Stewart n’a rien d’un hasard. Dans cet entretien, elle nous parle de son obsession pour les affaires criminelles et de notre capacité à déformer la réalité.

Tu racontes que, dans le couloir de ton entrée, il y a un mur recouvert de livres sur les faits divers, les tueurs en série, les affaires criminelles. Comment vis-tu avec cette obsession au quotidien ?
Relativement bien, même si l’angoisse est un peu mon credo. Je vérifie tous les soirs que ma porte est fermée à clé et j’ai tendance à faire un bond quand on m’aborde dans la rue. Mais j’essaie de me soigner.

Tu entremêles la quête de vérité de Gary Stewart à ta propre enquête sur la disparition de ton père. À partir de quand son histoire a commencé à faire écho à la tienne ?
Je l’ai formulé tardivement, quatre ans après avoir découvert l’histoire de Gary, lors d’une de mes premières discussions avec Cyril Gay, mon éditeur aujourd’hui. Nous réfléchissions à la façon de rattacher le récit de Gary au mien, au-delà des liens que nous avions tissés. Sans que je comprenne pourquoi, je me suis entendue dérouler le fil de l’existence de mon père. Mais je pense qu’inconsciemment la quête de Gary a immédiatement fait sens pour moi. Même si les enjeux sont différents, ne pas savoir d’où l’on vient ou les circonstances exactes de la disparition d’une personne qui nous est chère laisse un vide abyssal qu’on ne peut combler à moins d’avoir une once de réponse. Il m’a aussi fallu du temps pour me rendre compte que la quête de Gary s’était muée en obsession et que la mienne s’en rapprochait.

L’enquête de Gary Stewart sur son père est fouillée et sincère. Toutefois, il lui manque un élément, une preuve irréfutable qui permettrait de ne plus douter de la théorie qu’il avance. Quels sont les mécanismes qui nous poussent ainsi à interpréter certains faits jusqu’à déformer la réalité ?
Il y en a plusieurs, mais le plus prégnant est un biais cognitif appelé biais de confirmation. Il consiste à s’attacher envers et contre tout à l’hypothèse qu’on a élaborée, même face aux éléments qui la contredisent. C’est ce que Gary a commencé à faire relativement vite. Après avoir accumulé la matière qui étayait sa théorie, il lui a été impossible de considérer ce qui la mettait en défaut. Au quotidien, tout le monde est confronté au biais de confirmation, même quand il s’agit de sujets anodins. Si vous tentez de joindre sans succès un ami qui vous répond systématiquement en temps normal, vous allez certainement vous inquiéter : vous en veut-il ? Lui est-il arrivé quelque chose ? Il est fort probable que celui-ci soit simplement occupé. Le biais de confirmation a notamment une grande part dans l’émergence des théories du complot.