PORTRAIT D’UN CANNIBALE

Traduit de l'espagnol (Venezuela) par Cyril Gay
PORTRAIT D'UN CANNIBALE
À partir d’un fait divers sanglant et sensationnel, Sinar Alvarado explore les institutions et les bas-fonds de la société en se posant une question simple : comment a-t-on pu remettre un cannibale en liberté ?

Dans les Andes vénézuéliennes, pendant les années 1990, un SDF avec des antécédents psychiatriques, Dorancel Vargas, vit sous le pont Libertador. Un jour, on découvre dans son petit campement des casseroles remplies de chair en décomposition. Dès lors, les habitants du quartier comptent autour d’eux ceux qui manquent à l’appel.
Au cours des deux années d’enquête nécessaires à ce livre, Sinar Alvarado a rencontré les familles des dernières victimes et épluché des liasses de dossiers psychiatriques et de rapports de police pour nous livrer cette histoire hors du commun dans une écriture qui égale celle des plus grands polars réalistes.

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PORTRAIT D'UN CANNIBALE
« Portraits d’un cannibale et d’une région en route pour cent ans de solitude. »
Libération

L’auteur

Colombo-vénézuélien, Sinar Alvarado appartient à une lignée d’écrivains sud-américains contemporains ayant fait le choix de se consacrer à la littérature du réel. Il écrit dans les plus grandes revues hispanophones ainsi que pour le New York Times.

PRESSE

« Cette histoire terrifiante d’ogre des temps modernes aurait tout d’un bon polar réaliste si elle n’était vraie. »
Le Point

INFOS TECHNIQUES

Littérature étrangère
Polar
979-10-95582-18-2
230 pages
19 euros
2017

Extrait

Une battue est organisée pour retrouver le fils d’Alicia, Toño, qui a disparu depuis quelques jours. Des voisins fouillent un grand terrain vague, au pied du pont Libertador, jusqu’à faire une macabre découverte.

Les trois garçons savent que tout le quartier est à la recherche de Toño, le fils d’Alicia, ils décident donc de continuer pour elle. Ils retournent tous les trois chez eux et, comme ils ne sont encore sûrs de rien, ils déjeunent sans mentionner à leur famille l’épisode qu’ils viennent de vivre sur le fleuve.
À 14 heures, ils se retrouvent pour aller inspecter ensemble l’endroit où ils ont vu Dorancel. Pour tout attirail, ils emportent les lance-pierres avec lesquels ils chassent les oiseaux. Ils marchent en silence le long de la berge, ils murmurent entre eux lorsqu’ils ont besoin de se donner des instructions.
Ils arrivent à la cahute du maboul et ne voient rien de suspect, à part quelques casseroles rudimentaires tachées de suie et montées sur des pierres, plusieurs vêtements, des monceaux d’ordures et quelques ustensiles en métal. Ils poursuivent leurs recherches, craintifs ; ils persévèrent et fouillent dans tous les recoins sans rien trouver. À un moment, après avoir passé quinze minutes sur les lieux, Jhonny murmure :
« On ferait mieux de décamper, y a rien ici.
– Oui, avance, Franklin ; avance, mieux vaut y aller. »
Alexis l’aide, le visage en nage et les yeux écarquillés.
« Continuez de chercher, continuez de chercher ! » leur ordonne Franklin et il les convainc. C’est ainsi qu’ils poursuivent et trouvent plusieurs petits passages dans la brousse où les herbes font entre un et deux mètres de hauteur. Il y a des sentiers, des grottes, des planques et des couloirs. C’est un labyrinthe. Rapidement ils arrivent à une bifurcation où ils décident de se séparer : Jhonny et Alexis prennent à droite, Franklin la route opposée. Il fait très noir, la lumière de l’après-midi pénètre à peine le feuillage touffu. Franklin marche quelques courtes minutes, mais la peur prend le dessus et il finit par rebrousser chemin. Mais là, dans un coude sur le sentier, à côté d’une table en bois et de vieux journaux, il regarde le sol et les voit : dans l’herbe verte et humide gisent une main et un pied, violemment arrachés au niveau du poignet et de la cheville. Franklin, sidéré, va chercher ses camarades et leur montre ce qu’il a découvert. Sans dire un mot ou presque, effrayés, ils fuient à toute vitesse à travers les herbes, à moitié perdus dans le labyrinthe de grottes et de passages. Ils finissent par s’orienter et rejoignent la route avant que Dorancel ne les surprenne.