UNE FEMME CHEZ LES CHASSEURS DE TÊTES

Une femme chez les chasseurs de têtes
Bourlingueuse des années folles, Titaÿna parcourt le monde en avion à la recherche d’expériences extrêmes. Cet ouvrage compile trois de ses grands reportages ainsi que pour la première fois ses mémoires de reporter.

Au fin fond de la jungle indonésienne, Titaÿna se rend dans une tribu de cannibales, les Toradjas, aussi surnommés les « chasseurs de têtes ». Elle se retrouve face au mystère des rituels sacrés : un mort ligoté se décompose dans la case du chef, des crânes humains ornent les habitations et la place des sacrifices reste tachée de sang. Mais il en faut beaucoup plus pour effrayer la jeune reporter. Ses autres grands reportages écrits dans les années 1930 décrivent la pérégrination d’une caravane funèbre qui transporte des cadavres à dos de chameau de la Perse à La Mecque et le contournement de la prohibition aux États-Unis par les transports aériens. Pour compléter ce triptyque, les mémoires de l’auteur, exhumés pour la première fois, révèlent les coulisses de sa carrière de reporter au long-cours.
Cette brève autobiographie professionnelle, racontée au pas de charge, n’est pas seulement l’occasion de revivre un nombre inclassable d’anecdotes improbables aux quatre coins du monde, mais c’est aussi un véritable manifeste.

Lire le portrait

Une femme chez les chasseurs de têtes
« De la jungle indonésienne en passant par le désert ou encore avec des contrebandiers aux États-Unis, Titaÿna a du cran, de la jugeote et une plume poétique. »
Librairie Payot Montparnasse

L’autrice

Titaÿna, alias Élisabeth Sauvy, née en 1897, est l’une des rares femmes françaises à accéder au statut de grand reporter dans les années 1920. Avide de sensations fortes et d’exotisme, elle parcourt le monde et rapporte de ses voyages des textes insolites et poétiques.

PRESSE

« Le style hypnotique et onirique de Titaÿna est à mille lieues des rodomontades machistes et sûres d’elles-mêmes des explorateurs britanniques. »
Le Monde
« La petite sœur rock’n’roll de Pierre Loti et d’Albert Londres. »
Grazia
« Une femme incroyable, indépendante, talentueuse, totalement en avance sur son époque. »
Le Soir

INFOS TECHNIQUES

Littérature française
Récit de voyage
979-10-95582-02-1
270 pages
18 euros
2016

Titaÿna, ou l’Amazone des nuages

En 1985, Francis Lacassin rassemble trois reportages de Titaÿna au sein de l’ouvrage Une femme chez les chasseurs de têtes publié dans la collection « Grands reporters » aux éditions 10/18. Il écrit une préface éclairante sur la personnalité de Titaÿna.

Romancière, cinéaste, collaboratrice de L’lntransigeant, Paris-Soir et d’une dizaine de périodiques, [l]a trajectoire de météore [de Titaÿna] a traversé une époque qui n’avait jamais dépassé le 200 km/heure. Elle a fait rêver des foules immenses, et aussi quelques femmes fascinées par son miracle : celui d’avoir fait oublier qu’elle était femme en un temps où le journalisme et surtout le grand reportage étaient une affaire d’hommes.
Il lui est arrivé de devoir rappeler « Je ne suis pas une dame mais une aventureuse », à des inconnus croisés au bout du monde, jamais à ses pairs les chevaliers du grand reportage : les Albert Londres, Joseph Kessel, Édouard Helsey, Henri Béraud…
Si elle s’est rendue leur égale, ce n’est pas en marchant sur leurs traces, mais au contraire en se singularisant par les sujets traités, par un usage intensif de l’avion, par le recours à l’image filmée.
Avec ses confrères masculins elle partage la fascination du « scoop », de l’information rare et sans partage qu’on divulgue seul ou en premier. Elle traque sur les hauteurs les célébrités : chefs d’État, proconsuls, dictateurs, altesses royales […]. Elle réussit à faire parler Mussolini et Hitler à un moment où ils n’étaient guère accueillants – le second surtout – pour les journalistes français.
Ces célébrités, elle les remplacera par des insolites : cadavres musulmans transportés en chameaux de la Perse à La Mecque, pêcheurs de perles, lépreux, mangeurs d’hommes, chasseurs de têtes, sorciers, simples Océaniens qui jettent à la mer l’effigie du poisson qu’ils espèrent prendre dans leurs filets. […]
Pour les besoins de son journal, il lui est arrivé d’imiter ses confrères préoccupés de coller à l’actualité immédiate (guerre, révolution ou émeute). […] Mais son vrai domaine n’est pas l’actualité, c’est l’intemporalité.
À peu près au moment où Kessel traque une caravane d’esclaves autour de la mer Rouge – phénomène économique en voie d’extinction et condamné par la Société des Nations –, elle suit la caravane des morts, phénomène religieux à l’abri du temps et relevable seulement de la société des âmes.
Les autres grands reporters luttent contre la montre et les interdictions politico-administratives ; elle jongle avec les latitudes et les méridiens, usant avec habileté de sa qualité de femme pour accéder aux horizons et aux intimités que défendaient la coutume ou le secret.
Tandis que ses confrères cherchent à rapprocher les lecteurs de l’actualité, elle les en éloigne et les emmène rêver aux confins de l’exotisme. Le style de ses récits s’en ressent. Au lieu du récit haletant, elle offre un tableau, une impression poétique. « Un feu erre sur la mer, flambeau de feuilles sèches d’un pêcheur au harpon, le hululement d’un appel soufflé dans une conque ricoche sur l’écume, ma lampe tremble comme une inquiétude. » (Loin, 1929.)
Mac Orlan l’avait bien jugée en écrivant « qu’elle est curieusement humaine et qu’elle sait abandonner à temps la langueur d’un coucher de soleil sur la mer ». […]
Réfugiée dans l’exotisme, elle n’est cependant pas aveugle quant au colonialisme économique ou spirituel. […] Après avoir déploré que les missionnaires interdisent aux indigènes leurs chants traditionnels au profit des cantiques, elle remarque : « À ces peuples de civilisation différente, le Blanc ne peut-il apporter autre chose que des casquettes, des uniformes ou des signes de croix ? »
Il est surprenant aujourd’hui de constater que le plus grand reporter de l’entre-deux-guerres, Albert Londres, n’est jamais monté dans un avion, ses confrères non plus, d’ailleurs. Il n’y avait pas de lignes de passagers et les horaires de ces modestes avions à deux ou quatre places étaient imprévisibles. Mais il ne venait pas à l’idée des grands reporters d’affréter un avion au lieu d’une voiture… et encore moins de conquérir, comme Titaÿna l’a fait, le brevet de pilote… Titaÿna faisait figure d’« excentrique » et prenait donc des risques gratuits en recourant à ce moyen de transport rudimentaire et expérimental. Il contribuera largement à sa légende d’aventureuse, et à son image de charmeuse de nuages.
[…]
Enfin dernier trait, et non le moindre, d’une personnalité hardiment novatrice, Titaÿna est, parmi les célèbres journalistes de la presse, la seule à avoir deviné la puissance de l’audiovisuel. (Avant elle, il y avait bien sûr des opérateurs d’actualités filmées, mais ils auraient été incapables de s’exprimer avec un stylo : des chasseurs d’images beaucoup plus que des journalistes.)
Dès 1928, P. Mac Orlan prédisait que tous les grands reporters manieraient un jour la caméra. Deux ans plus tard, Titaÿna le démontrait avec Indiens mes frères puis Promenade en Chine. Tentative isolée et sans lendemain. Joseph Kessel exécutera à son tour un reportage filmé sur l’Afghanistan, mais seulement en 1956, alors que la télévision a déjà étendu son emprise.
[…]
On est souvent puni d’avoir raison avant tout le monde, les deux tentatives de Titaÿna se sont soldées par un échec financier.
Ses films, ses livres, ses reportages nous révèlent les curiosités de Titaÿna, sa sensibilité, son goût du risque et des objectifs inaccessibles. Ils nous informent peu sur sa personnalité et sur sa frénésie d’aller au loin, de repartir vers des horizons nouveaux dont la découverte lui laissait une insatisfaction ou – comme dans son dernier livre : Les Ratés de l’Aventure – une amertume…
Son besoin de fuir sa condition de femme et de se dépasser en allant à tel endroit inaccessible – « parce que c’est marqué en blanc sur les cartes » – ne suffit pas à nous donner la clé de sa personnalité.
Édouard Helsey à sa première rencontre avec elle, au Maroc pendant la guerre du Rif, la prit d’abord pour une Espagnole. Il évoque ainsi son physique au charme certain. « … On la prendrait pour une authentique Carmen, cette grande jeune femme un peu brusque, mate et brune, au nez énergique, au regard noir et direct comme une flèche d’ébène. […] »
Vue à travers son œuvre, c’est plutôt à un oiseau au long cours qu’elle fait penser. Ou à une mouette captive de ses souvenirs lointains.